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Dakar 2009 Photos

Le DAKAR 2009 raconté par David BARROT, pilote sponsorisé par ICA Security

Interview de David Barrot

“J’ai eu beaucoup de chance ! »

De retour d’Argentine et du Dakar qu’il finit à une inespérée et magnifique 27ème place au classement général (catégorie moto) et 4ème français, le pilote narbonnais David Barrot revient sur cette épreuve, sur l’aventure de sa vie.

- David, vous attendiez-vous à décrocher une 27ème place au général ? Non. Sincèrement, non ! Mon objectif principal était de terminer la course. Par contre, mon ambition était de finir entre la 30ème et la 50ème place. Je savais, je ne me connais que trop, que je ne saurais pas gérer ma vitesse. La moto pour moi comme la compétition d’ailleurs, c’est la poignée de gaz vissée à fond.

- Comment analysez-vous votre performance ? J’ai eu beaucoup, beaucoup de chance. J’ai « surpiloté » du premier au dernier kilomètre. Tu ne roules pas avec les 30 meilleurs pilotes du Dakar pour rien. J’ai accepté une prise de risque permanente. D’ailleurs, j’ai chuté chaque jour. Quelquefois plusieurs fois par jour. Le matin, quand je partais, je savais que j’allais en prendre une. Au moins une !

- A ce point ? Oui ! Cela en était même devenu un jeu avec les mécaniciens du Team HFP dirigés par Franck Elber. Le matin, ils me demandaient quelle pièce de la moto ils devraient changer le soir. Je les soupçonne fort d’avoir pris des paris entre eux.

- Quelle a été votre plus grosse chute ? C’était lors de la 4ème étape, la première dans les dunes. Je me battais avec un autre concurrent qui avait une moto plus puissante que la mienne. Dans les parties sinueuses, j’arrivais à le reprendre voire à le dépasser. Dans les lignes droites, c’est lui qui me larguait.

- Et alors ? Je roulais donc poignée de gaz vissée à fond et, toute la tête à ce duel, je n’avais pas recalé le road-book (livre de route). En pleine ligne droite, à environ 110 km/h, je n’ai pas pris garde que j’arrivais sur une saignée. Quand je l’ai vue, j’ai freiné de toutes mes forces. C’était trop tard. La moto s’est « satellisée ». Moi également. Je crois que je n’ai jamais sauté aussi haut et aussi loin de ma vie. Je serrais ma machine avec mes cuisses de toutes mes forces comme pour me raccrocher à quelque chose. Quand je suis retombé, la moto s’est plantée dans une butte de sable et je suis parti en vrille plusieurs mètres plus loin.

- Sans mal ? Je crois avoir perdu connaissance un peu. Et mes esprits surtout. Quand je récupère, je remonte sur la moto qui semble être relativement intacte, je cherche l’air et je repars. C’est ce jour-là que je rate un point de contrôle obligatoire, le CP3. Je m’en aperçois trop tard, je l’avais dépassé de 8 km et il n’était pas question de revenir pointer. J’aurais été à contre sens des autres concurrents. A l’arrivée, je suis convoqué par le conseil de discipline qui me pénalise de 4 heures. J’en étais fous de rage.

- Mais, cette pénalité, vous ne l’avez pas eu ? Non. Je vous l’ai dit. J’ai eu beaucoup de chance. Du fait de la difficulté de l’étape, bon nombre de concurrents s’étaient égarés dans les dunes. La direction de course a donc décidé de neutraliser la couse au CP2. Avant donc celui que je rate. Du coup, je ne suis pas sanctionné et je repars le lendemain en 28ème position.

- Quelle a été votre plus grosse galère ? Des galères, j’en ai vécues tous les jours. Il n’y a pas un endroit de mon corps qui ne soit pas marqué. Mais je m’en foutais de chuter chaque jour. Je m’étais conditionné pour en chier et j’en ai chié. Cependant j’ai connu un jour plus dur que les autres.

- Quand ? A quatre jours de l’arrivée. Nous affrontions les dunes blanches, les plus hautes, les plus piégeuses de ce Dakar. Au km 8, je chute et casse ma direction. Je la bricole avec du fil de fer et autres matériaux. La moto est « inconduisible ». Je souffre énormément pour la tenir. Au km 113, j’en reprends une autre. Je me relève, répare ma réparation. C’est l’enfer pour rouler dans le sable, gravir les dunes. Le temps passe. A 11 km de l’arrivée, je tombe en panne sèche. Je n’en peux plus. Je m’assoie par terre et je pleure. Je ne peux plus faire un pas. Je serais peut-être mort à cet endroit. Je n’avais plus aucune force même pas celle de vivre.

- Que se passe t’il alors ? Je ne sais pas combien de temps, je reste prostré. Puis un concurrent, le n°77 ( le français Coet), je ne sais pas comment il s’appelle, passe prés de moi et s’arrête. Il me gueule dessus : « tu ne vas pas abandonner maintenant. Tu ne restes pas là. Je vais t’aider. Bouges toi le c… ! » Ces paroles me filent un coup de fouet et j’arrive à me relever, à remonter sur la moto. Celle-ci démarre. Je ne sais pas pourquoi et je le suis. J’arrive au bivouac. David Frétigné et Etienne Lormand, mes amis et coéquipiers, m’attendent. Ils me font descendre de la moto, m’amènent à la douche, m’alimentent, me montent la tente. Le lendemain je repars un peu au ralenti puis, au cours de l’étape, mes forces sont revenues et j’ai pu finir du mieux possible. D’ailleurs, David Frétigné me l’a confié plus tard qu’il savait ce que j’avais enduré. Il était aussi passé par-là lors d’un autre Dakar. Je leur dois beaucoup. Sans eux ni sans ce motard, je n’aurais pas terminé l’épreuve. Sur le Dakar, il y a une forte solidarité entre les concurrents. Ce n’est pas une légende. J’ai pu le vérifier par moi-même.

- Quel est votre meilleur souvenir ? Il y en a plusieurs. D’abord la satisfaction d’avoir terminé et aider « Frétos » à monter sur le podium (3ème au général). En seconde semaine, nous n’avons jamais terminé plus loin que 30 minutes derrière lui. Nous étions là pour l’aider en cas de panne ou de chute. D’ailleurs, lors de la remise officielle de son trophée, devant les caméras et appareils photos, il nous a demandé à « Tinou » (Etienne Lormand) et à moi-même de monter avec lui sur le podium.

- Et un autre ? La traversée de la Cordillère des Andes. Le public et le paysage, tous les deux ont été merveilleux. A Buenos Aires, ils ont été 500 000 à nous attendre et à nous saluer. Même dans les dunes, au plus profond du désert, il y avait toujours un gars ou plus pour vous aider à gravir la dune ou pour vous encourager. Il n’y avait pas une maison à des dizaines de km à la ronde et ils étaient là. Je n’ai pas compris d’où ils venaient et je ne comprends toujours pas d’ailleurs. Ils ont été fantastiques.

- Repartirez-vous l’an prochain ? Il faut que j’en discute avec ma famille et ma grand-mère. Je dois négocier avec elle. Je dois discuter aussi avec mes partenaires que je remercie pour leur soutien. Eux-aussi, ils ont cru en moi. J’ai souvent pensé à eux au cours des moments durs que j’ai pu vivre.

- En avez-vous envie ? Il est certain que j’aurais plus d’expérience et que je pourrais gommer mes erreurs, améliorer le matériel et me préparer encore mieux. Vous savez, pendant les 15 jours de l’épreuve, je suis resté environ 11 h 30 par jour sur la moto. C’est un véritable défi physique. Même lors des liaisons, vous vissez la poignée de gaz pour arriver plus vite au départ et avoir du temps en cas de problème. Et vous vissez également pour rejoindre l’arrivée. Pour pouvoir récupérer et donner le maximum de temps aux mécaniciens pour réparer. Mais oui, je crois qu’au fond de moi, j’ai de nouveau l’étincelle pour repartir.

Ils ont dit :

- David Frétigné (Yamaha et 3ème au général ) : « C’est une satisfaction pour lui d’être arrivé au bout. Il s’est très bien adapté à la course et à ses difficultés. Notamment la navigation. Le fait qu’il soit volontaire et très physique a joué aussi pour lui. Il a eu envie et il a réussi à progresser chaque jour, d’apprendre tout ce que je lui disais. Il n’a pas hésité un seul instant à se mesurer aux autres concurrents surtout s’ils étaient meilleurs que lui. Il a comme moi un tempérament de gagnant. »

- Etienne Lormand (Yamaha – 47ème du général) : « Il m’a surpris par ces performances. Sa course est belle. Quant à moi, qui étais moins bien placé que lui et qui ai bouffé de la poussière, je me suis efforcé de l’aider au maximum de mes moyens. Nous avons fait une belle course d’équipe pour Frétigné. Tous les trois, nous nous aimons bien et nous avons passé 15 jours superbes. »

Propos recueillis par F.D

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